Ce mois-ci nous accueillions sur le Blog des Langues Etrangères, Lucie du Blog My Tour du Globe ! En tant qu’expatriée en Roumanie puis en Angleterre Lucie s’est forcément confrontée aux difficultés et joies de l’apprentissage des langues. Elle nous donne ici son témoignage, en toute bonne humeur, de son voyage, jamais fini, à travers le monde et les langues !

Bonjour à tous ! Je m’appelle Lucie et je vis actuellement en Angleterre. Pour vous faire un petit résumé : j’ai fait des études de langues étrangères appliquées (anglais, allemand & russe) et arrivée en master je me suis dit qu’il était temps de partir à l’étranger. Ma fac avait des partenariats avec beaucoup d’universités mais c’est celle de Cluj-Napoca en Roumanie qui a retenu mon attention. A vrai dire, je ne pensais pas vraiment “aux bénéfices pour mon CV” mais plutôt que la Roumanie avait l’air d’être un pays très intéressant donc je me suis lancée. Sans parler un mot de roumain – j’avais quand même acheté un livre de conversation avant de partir.

Ma première expatriation : une année en Roumanie

Je faisais un master pro à l’époque : un semestre de cours + un semestre de stage (à faire n’importe où). Je suis donc partie faire un semestre Erasmus en me disant que je reviendrais faire mon stage en France…évidemment, ça ne s’est pas passé comme ça : je voulais absolument rester donc j’y ai aussi fait mon stage. Pour ceux qui aimeraient trouver un stage en Roumanie : il faut mieux connaître des gens. J’ai dû envoyer une centaine de CV et pas de réponse. Par contre en discutant informellement avec la directrice de l’UFR de langues, ça s’est décoincé. Elle connaissait les bonnes personnes, normalement je préfère me débrouiller par mes propres moyens mais j’avais trop envie de rester en Roumanie pour faire la fine bouche.

Comme je le disais plus haut, je ne parlais pas roumain et je ne le comprenais pas non plus. Pour commencer, j’ai donc fait un mois de cours de langues intensifs à la fac de Cluj (ça s’appelait CIEL à l’époque). Evidemment, 1 mois de cours ce n’est pas assez mais ça donne une petite idée du fonctionnement de la langue. Par la suite, j’ai continué les cours du soir, 2h par semaine je crois, pendant quelques mois.

Pour être honnête, quand on fait un programme Erasmus il est tout à fait possible de passer l’année en restant avec les autres étudiants des programmes d’échanges. Ça aurait peut-être été le cas mais une amie roumaine de la fac m’avait présenté à quelques amis avant de repartir et j’ai passé beaucoup de temps avec eux une fois sur place. Ils me parlaient anglais la plupart du temps mais à force de les entendre parler roumain entre eux, je me suis habituée à l’accent ce qui a beaucoup facilité la compréhension orale par la suite.

Dans la vie de tous les jours, la langue c’était le roumain : pour acheter quelque chose au magasin, commander quelque chose au restaurant, payer une facture (j’avais un appart à Cluj et tous les “soucis” qui vont avec à gérer en roumain). Honnêtement, c’était pas toujours facile, le problème étant que je comprenais beaucoup mieux que je parlais. Vous voyez le problème : “je comprends bien ce que tu me dis mais je n’ai pas les mots pour te répondre”. On a tous connu ça à l’étranger je crois. Mais au fil des mois ça s’est “décoincé” pas mal. Sans être bilingue, loin de là, j’étais capable de me débrouiller sans assistance pour tous les trucs de la vie de tous les jours : renouveler mon titre de transport en expliquant ce dont j’ai besoin, aller payer ma facture d’électricité (il fallait se déplacer aux bureaux de la compagnie d’électricité), acheter des billets de train pour telle ville et à telle heure, expliquer aux taxis qu’ils pouvaient arrêter d’essayer de m’arnaquer parce que je connais les prix…

A ce stade, on est plus frustré mais fier d’avoir appris en quelques mois une nouvelle langue, de pouvoir se débrouiller dans un pays dont on ne connaissait rien en début d’année. D’ailleurs je vais vous faire une confidence : par la suite j’ai postulé pour un VIE en Roumanie pour y retourner plus longtemps mais bon, ça ne s’est pas fait.

Ce que j’ai appris pendant mon année Erasmus en Roumanie ?

– quand on n’a aucune base dans la langue du pays, il ne faut pas hésiter à prendre des cours. On ne devient pas bilingue mais ça aide beaucoup dans la vie de tous les jours et ça fait rencontrer du monde.

– il faut se forcer à se confronter à des situations où l’on est mal à l’aise sans quoi on ne progresse pas, même si c’est stressant et que parfois on se plante complètement. Ça fait partie de l’apprentissage.

avoir fait LEA (langues étrangères appliquées) ne signifie pas parler anglais comme il faut : tant qu’on est avec des étrangers, ça va mais attendez d’arriver en pays anglophone où les gens ne parlent QUE l’anglais !

– la Roumanie est un pays qui mérite vraiment qu’on s’y intéresse

– il faut rester plusieurs mois dans un pays pour vraiment comprendre comment les choses fonctionnent sur place et encore, même une année c’est un peu juste.

Ma deuxième expatriation : stage en Angleterre

Après la Roumanie, je suis rentrée en France…avec l’envie de repartir dès les premiers jours. Ça tombait bien car j’avais un stage à faire : obligatoirement à l’étranger donc je suis partie à Londres pour 6 mois. Ceux qui me connaissent, savent que j’y suis encore !

Mon stage a duré 6 mois, c’était pour une start-up : on était que 3 et j’étais la seule étrangère. Les deux gars qui géraient la boîte étaient de vrais londoniens et ne parlaient aucune langue étrangère. Là, j’ai réalisé que malgré mon année en Roumanie (où je parlais quand même anglais souvent), malgré des études de langues…bah que j’avais quand même beaucoup de mal en anglais. Pourquoi ? Parce que l’anglais qu’on parle entre étrangers, celui qu’on apprend à l’école…n’a rien à voir avec celui que les gens natifs parlent entre eux.

Les premières semaines, j’étais paumée : les gens parlaient vite, ils utilisaient des expressions inconnues et faisaient référence à des choses que je ne connaissais pas (les références “culturelles”, vous voyez). Bref, j’ai galéré pour tout au début : trouver un logement car j’avais du mal à comprendre les anglais natifs, m’y retrouver dans les transports…mais ça s’est vite décoincé. Comme je le disais plus haut : quand on n’a pas le choix, on s’y met et on progresse vite.

Pendant ce stage, j’ai rencontré l’English Boyfriend. Lui, il vient du nord de l’Angleterre : au début, je ne le comprenais pas bien quand il parlait à cause de son accent mais il me faisait rire donc pour faire simple à la fin du stage je suis rentrée présenter mon mémoire et suis repartie aussi vite pour chercher un job en Angleterre et le retrouver. Il faut aussi admettre que trouver un job en Angleterre, c’est plus facile qu’en France. Même un job qualifié.

Ce que j’ai appris pendant ces 6 mois de stage ?

le “vrai anglais” n’est pas celui qu’on apprend à l’école, loin de là

– certes l’anglais est une langue “facile” mais il faut des années de pratique pour bien la parler et saisir toutes les nuances

– les britanniques sont des gens vraiment sympas et j’aime bien en avoir dans mon entourage

Ma deuxième expatriation (bis) : travailler en Angleterre

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Waterloo Bridge – Londres

Après avoir validé mon master, je suis donc retournée en Angleterre pour rejoindre l’English Boyfriend – que je connaissais à peine au final mais c’est un détail. Puis, il a fallu trouver un job. Ayant un prêt étudiant à rembourser et peu d’expérience professionnelle à part mes stages, j’ai pris le premier job qui est venu : conseiller client chez un opérateur téléphonique à la City. Bizarrement, j’ai été recrutée parce que je pouvais parler roumain et que beaucoup de leurs clients venaient de Roumanie. Heureux hasard !

Bref, j’avais de quoi payer les factures en attendant de trouver mieux. 6 semaines à décrocher au téléphone et à régler les problèmes des clients. Honnêtement, j’aimais bien ce job : l’ambiance était cool et les clients relativement sympa…mais le salaire et les horaires n’étaient pas top. Et je n’avais pas envie de passer ma vie dans un call centre.

Ayant une petite expérience en webmarketing, j’ai commencé à poster mon CV sur les sites d’annonces spécialisés dans ce domaine (JobSite, Reed, Monster, CW Jobs, …). Au bout de 6 semaines, j’ai décroché un entretien dans une grosse agence média (le genre de boîte qui fait bien sur le CV) donc j’y suis allée avec mon premier gros challenge depuis le stage : l’entretien d’embauche ! Savoir se vendre c’est pas facile mais savoir se vendre dans une autre langue c’est une autre paire de manche ! Pour être honnête, je n’avais jamais fait d’entretien d’embauche avant, enfin rien de formel, même en France (je n’ai jamais travaillé en France à part des jobs étudiants) mais l’English Boyfriend m’avait briefée sur les trucs à dire : telle question = telle réponse. J’ai fait de mon mieux et décroché le job.

Deuxième challenge : apprendre les codes des entreprises british. Même s’il s’agissait d’une agence internationale, qui dit bureaux à Londres dit culture britannique au boulot: le pub le vendredi soir, les Christmas jumpers en décembre, les gâteaux & chants anniversaire dans l’open space, l’autonomie totale niveau travail, les soirées “épiques”…Bref, autant de trucs à apprendre et à s’adapter, en plus de la langue.

Par la suite, j’ai changé de job plusieurs fois : une autre agence, un job pour un comparateur de vols et un autre job dans le tourisme à l’heure actuelle. Une fois qu’on a de l’expérience c’est beaucoup plus facile et dans mon secteur, en général c’est plutôt dynamique donc les recruteurs nous contactent avant même qu’on ait pensé à chercher un job.

Ce que j’ai appris depuis ce stage de 6 mois :

j’améliore encore mon anglais : utilisation d’expressions idiomatiques, tentative de comprendre les références culturelles, tentative de faire de l’humour (pas aussi facile qu’on le croit)…les gens qui prétendent être parfaitement bilingue au bout d’un an j’ai du mal à les croire car il y a tellement de subtilités dans une langue

– j’apprends l’histoire du pays : l’histoire du développement de Londres, les différents counties, la monarchie, le passé romain…tout ce qui touche à l’histoire du pays

je m’intéresse à la culture : je regarde peu la TV pour être honnête à part les one man show parce que c’est un bon exercice de compréhension (de la langue et de la culture) et les séries : Sherlock Holmes, Peep Show (attention : humour british)…

– je ne vis plus à Londres (juste en dehors) depuis 2013 donc maintenant je m’intéresse à la vie “en Angleterre” qui est assez différente de Londres

j’approfondis la culture d’entreprise : j’en suis à mon 5ème job en Angleterre, sans compter le stage et chaque entreprise a ses spécificités

je pensais que le roumain ne me servirait jamais et il m’a permis de décrocher un job à Londres

– il ne faut pas hésiter à postuler à un job même si on ne colle pas à 100% au profil recherché (au pire ça fait un entrainement) et même si l’on ne se sent pas “bon en anglais” ça se tente quand même. J’ai remarqué que les français sont meilleurs qu’ils ne le pensent mais ils n’ont pas confiance dans leurs capacités

– je n’ai plus peur de perdre mon job (à Londres un CDI ça se perd du jour au lendemain) parce que je sais que quoi qu’il arrive, il y aura toujours moyen de faire quelque chose à Londres

Voilà pour moi, comme vous pouvez le voir le manque de maitrise de la langue n’est pas forcément une barrière tant qu’on a la motivation pour apprendre et de s’y mettre. Ce n’est pas toujours facile, on a parfois envie de laisser tomber et de rentrer à la maison mais honnêtement, quelle satisfaction quand on voit que les efforts paient !